Dr Hisham Al-Aawar : Le nord-est de la Syrie entre la logique de la fragmentation et la gestion du chaos : le retour de « Daech » comme symptôme, non comme cause

AccueilArticles et opinionsDr Hisham Al-Aawar...

يشترك

Les développements rapides dans le nord-est de la Syrie ne constituent plus une simple escalade sécuritaire passagère ; ils traduisent désormais une transformation structurelle de l’équation du contrôle et de l’influence, dans un contexte régional et international marqué par l’absence de régulation et le recul des priorités. Depuis la fin de l’année 2024, et avec la chute de l’ancien régime, la région est entrée dans une phase de forte fluidité stratégique, où les conflits sont gérés non pas dans une logique de règlement définitif, mais par l’épuisement des adversaires et la reconfiguration forcée des équilibres.

L’affrontement actuel entre les Forces démocratiques syriennes (FDS) et l’autorité de fait à Damas ne peut être interprété comme une confrontation militaire classique. Il s’agit plutôt d’un conflit portant sur la définition du pouvoir, les limites de la légitimité et la forme de l’État syrien à venir. La question ne se limite pas au contrôle de villes ou de ressources, mais concerne l’abolition ou la consolidation d’un modèle de gouvernance complet, façonné dans le nord-est du pays au fil des années de guerre.

De l’échec du compromis à la rupture des volontés

L’échec de la rencontre entre Mazloum Abdi et Ahmad al-Sharaa n’était pas un simple détail procédural ; il a révélé le fossé profond entre deux projets antagonistes. Damas n’a pas proposé un règlement politique, mais une formule de soumission totale, commençant par la dissolution des forces et s’achevant par la reconstitution d’une centralisation coercitive. À l’inverse, les FDS ont perçu ces exigences comme une menace existentielle, non seulement pour elles-mêmes, mais aussi pour la société sur laquelle elles s’appuient.

La proclamation de la mobilisation générale et l’apparition des dirigeants sur le terrain ont marqué un passage clair de la manœuvre politique à la logique de l’affrontement ouvert. Avec l’afflux de combattants venus de l’extérieur des frontières, le conflit a pris une dimension régionale, annonçant la transformation du nord-est de la Syrie en un champ de règlements de comptes dépassant largement le cadre syrien.

Les prisons : le point de rupture le plus dangereux

Le facteur le plus périlleux de ce tableau ne réside toutefois pas dans les lignes de front, mais dans l’effritement du système de détention des membres de l’organisation « Daech ». Ces prisons n’ont jamais été de simples installations sécuritaires ; elles constituaient un pilier essentiel pour empêcher l’organisation de se reconstituer. En étant bombardées, perturbées, et parfois soustraites au contrôle, elles se sont transformées en une véritable porte d’entrée pour la réinjection de combattants aguerris et d’expertises opérationnelles.

Ce qui se déroule ici ne peut être dissocié de la question du « bénéficiaire ». La libération d’éléments de l’organisation, qu’elle résulte de négligence ou de frappes délibérées, sert la logique du chaos bien plus que tout projet de stabilisation. L’apparition de symboles et de slogans extrémistes parmi certains assaillants renforce l’hypothèse d’un chevauchement fonctionnel, ou à tout le moins d’une tolérance idéologique, entre des factions affiliées à l’autorité de Damas et des organisations djihadistes.

Daech comme produit du chaos, non comme moteur

Dans ce contexte, le retour de « Daech » apparaît davantage comme une conséquence inévitable de la perte de contrôle que comme l’expression d’une force intrinsèque renouvelée. L’organisation exploite les vides sécuritaires, se nourrit des conflits internes et se redéploie le long de lignes de contact négligées, notamment à la frontière syro-irakienne, où l’occupation des acteurs locaux lui offre une occasion en or de reconstruire ses réseaux.

L’arrestation de cadres lors de tentatives d’infiltration montre que l’organisation ne cherche plus à établir un « émirat » au sens classique, mais plutôt à garantir une liberté de mouvement, des espaces poreux et une capacité de nuisance transfrontalière.

Colère kurde et érosion de la confiance envers l’allié international

Sur les plans social et politique, la mobilisation kurde en Syrie et dans la diaspora révèle une profonde crise de confiance à l’égard des puissances internationales, au premier rang desquelles les États-Unis. Les manifestations dans la région et à l’étranger ne sont pas de simples élans de solidarité ; elles constituent un message politique clair : l’abandon des partenaires locaux ne menace pas seulement ces derniers, mais porte atteinte à la crédibilité de toute stratégie internationale future dans la région.

Interventions croisées et messages contradictoires

Les interventions turques et les frappes aériennes se heurtent à une hésitation internationale et à une ambiguïté américaine, perceptibles à travers des contacts politiques non accompagnés de garanties concrètes sur le terrain. Cette contradiction entre discours et réalité renforce le sentiment que la région est gérée selon une logique d’endiguement temporaire plutôt que de solution durable.

Un carrefour sans horizon clair

Le nord-est de la Syrie se trouve aujourd’hui à un moment critique : un conflit ouvert sans perspective politique, des dispositifs sécuritaires en déliquescence et une organisation extrémiste qui se réinfiltre par les fissures du chaos. Le véritable danger ne réside pas tant dans le retour de « Daech » en lui-même que dans l’environnement qui rend ce retour possible et qui en fait à nouveau un instrument de pression régionale.

Sans une approche politique globale reconnaissant la pluralité et redéfinissant la relation entre le centre et les périphéries, ce qui est aujourd’hui géré comme une lutte d’influence pourrait demain se transformer en une explosion régionale dépassant la géographie syrienne et replongeant l’ensemble de la région au point de départ.

محتوى الموقع متوفر تحت رخصة المشاع الإبداعي 4.0

Parti de l’Unification Arabe...

Le bureau de presse du Parti de l'Unification Arabe a publié le communiqué suivant : Le...

Parti de l’Unification Arabe : Amal Khalil rejoint la caravane des martyrs de la parole

Le bureau de presse du Parti de l'Unification Arabe a publié le communiqué suivant : Le bureau de presse du Parti de l'Unification Arabe présente...

“Assad’s chemical weapons in Hezbollah’s hands – A nuclear bomb in Tehran and Iran will r« Les armes chimiques d’Assad entre les mains du...

Wi’am Wahhab à “Spot Shot” : Les déclarations de Donald Trump sont devenues « une plaisanterie ». Parfois, on a l’impression qu’il est vide...

Wahhab et une délégation du Courant patriotique libre examinent les moyens de renforcer le front intérieur et de consolider la stabilité

Le chef du Parti de l’Unité arabe, Wi’am Wahhab, a reçu à sa résidence à Jahliyeh une délégation du Courant patriotique libre, comprenant les...

Wiam Wahhab : « Que Dieu aide les Arabes. Trump, le roi de la tromperie, et l’Iran redeviendront le policier du Golfe… Tsunami du...

Le chef du Parti de l’unification arabe, Wiam Wahhab, dans une interview avec Rola Nasr dans l’émission Avec Rola, a parlé des derniers développements...

Parti de l’Unification Arabe :...

Le bureau de presse du Parti de l'Unification Arabe a publié le communiqué suivant : Le bureau de presse du...

“Assad’s chemical weapons in Hezbollah’s...

Wi’am Wahhab à “Spot Shot” : Les déclarations de Donald Trump sont devenues « une plaisanterie ». Parfois, on...

Wahhab et une délégation du...

Le chef du Parti de l’Unité arabe, Wi’am Wahhab, a reçu à sa résidence à Jahliyeh une délégation du...

Wiam Wahhab : « Que...

Le chef du Parti de l’unification arabe, Wiam Wahhab, dans une interview avec Rola Nasr dans l’émission Avec Rola,...

Qui a le droit de voir la mer ? Déplacements internes au Liban entre fuite privilégiée et dure réalité des abris

Après l’escalade de 2023 entre Israël et le Hezbollah, le déplacement interne est redevenu une expérience structurante pour des milliers de Libanais, ravivant les...

Quand le sang devient politique… Alep comme modèle

Par le Dr Hisham Al-Awar Ce qui se passe à Alep n'est ni un dérapage sécuritaire passager, ni un affrontement localisé que l'on pourrait contenir...